Tu as envie d'accompagner les autres. Cette envie revient sans cesse, même quand tu la mets de côté. Peut-être que tu t'es déjà formé·e, peut-être même plusieurs fois, et pourtant tu ne te lances pas. Une petite voix te répète que tu n'es pas encore prêt·e, qu'il te reste trop de choses à régler chez toi, et que tant que tu n'auras pas guéri tes propres blessures, tu n'auras pas le droit d'aider qui que ce soit.

Alors est-ce qu'on doit avoir guéri tous ses traumas pour devenir thérapeute ? C'est une question qu'on m'a posée plus d'une fois, et elle mérite qu'on s'y penche, parce qu'elle en cache souvent beaucoup d'autres.

Faut-il avoir guéri tous ses traumas pour devenir thérapeute ?

Je ne vais pas faire de mystère et je te donne ma réponse tout de suite : non, on n'a pas besoin d'avoir guéri tous ses traumas pour devenir thérapeute.

Si cette question se pose, c'est peut-être parce qu'on a en tête l'image du ou de la thérapeute parfaitement serein·e, parfaitement aligné·e, qui aurait tout réglé avant d'accueillir quelqu'un. Et c'est vrai qu'un·e thérapeute qui n'aurait jamais travaillé sur soi, ça pose question. J'entends le travail sur soi au sens d'apaiser ses blessures, de regarder ce qui se passe à l'intérieur de soi, de mieux se connaître pour avancer plus sereinement. Ça, pour moi, c'est la base. Mais entre avoir fait ce chemin et avoir tout guéri, il y a tout un monde.

Parce qu'on n'efface pas un trauma d'un coup de baguette magique, même quand on est thérapeute. On peut avoir des traumas très ancrés qu'on n'a pas la force de travailler pour le moment, et c'est totalement ok. Plus on avance, plus on découvre parfois des blessures sous les blessures, des couches qu'on ne soupçonnait même pas en explorant ses ombres. Et certaines blessures provoquent des réactions qu'on ne comprend pas, sans même qu'on sache qu'elles existent. C'est ça, être humain. Donc si on attendait d'avoir tout réglé pour accompagner les autres, bah personne ne serait jamais thérapeute.

Syndrome de l'imposteur et perfectionnisme : ce qui te retient vraiment

Tu n'as pas besoin d'avoir fait vingt ans de thérapie pour te lancer. Et si tu te poses cette question, c'est peut-être aussi une excuse pour repousser le moment, prendre encore le temps de travailler sur toi, te sentir enfin légitime. Ça porte un nom : le syndrome de l'imposteur.

Derrière, il y a souvent l'illusion de la perfection, cette idée qu'il faudrait être irréprochable, parfaitement réparé·e, pour avoir le droit d'accompagner les autres. Parfois ce besoin vient du syndrome de l'imposteur, parfois c'est un conditionnement personnel, quelque chose qu'on a appris très tôt. Dans tous les cas, ça vaut le coup de le regarder, parce que tant que tu restes accroché·e à cette image, tu repousses le moment de te lancer. Et tu sais, la perfection n'existe pas, ni chez les thérapeutes, ni chez personne.

Qu'attend-on vraiment d'un·e thérapeute ?

Mis à part une formation sérieuse et la connaissance de son métier, et je ne parle pas des formations à 80 € qui pullulent sur internet, voici ce qui me semble indispensable quand on veut devenir thérapeute ou coach.

  • Être régulé·e. C'est être capable de tenir l'espace, d'être assez ancré·e pour savoir ce que l'on fait, pour ne pas craquer, et surtout pour ne pas faire sa propre thérapie pendant qu'on s'occupe de quelqu'un. Quand une personne vient te voir, elle vient pour avoir quelqu'un sur qui compter. Tu es en pleine possession de tes moyens, et tu es responsable de cet espace.
  • Connaître le chemin que tu vas faire vivre. Toutes les techniques que j'utilise, tous les exercices que je donne à mes client·es, je les ai faits pour moi d'abord. Je ne transmets pas un exercice lu dans un livre, je transmets quelque chose qui m'a déjà transformée. Je sais où ça peut coincer, où ça bouleverse, et à quel moment ça peut basculer.
  • Être passé·e de l'autre côté. Ce n'est pas une obligation à proprement parler, mais savoir ce que ça fait d'arriver avec sa vulnérabilité et de s'en remettre à quelqu'un change complètement la façon dont tu accueilles les personnes.

Je suis d'ailleurs sûre que la plupart des thérapeutes et des coachs ont eu leur déclic comme ça, en vivant eux-mêmes et elles-mêmes une transformation grâce à quelqu'un. Et si tu as eu envie de devenir thérapeute, c'est sûrement pour cette raison. Tu as eu des blessures à panser, tu as demandé de l'aide, et tu sais tout le bien que ça peut faire. Tes blessures ne t'empêchent pas de devenir thérapeute, c'est peut-être même ce qui t'a donné envie de le devenir.

Ta blessure peut-elle devenir une force ?

Ce qui me fascine depuis que je suis coach, c'est que les personnes qui viennent vers moi traversent presque toujours ce que j'ai moi-même traversé quelques années plus tôt. Je ne crois pas du tout que ce soit un hasard. Il y a une vraie question de résonance entre les personnes : quand on choisit une coach ou une thérapeute, on sent peut-être qu'elle a déjà vécu ce qu'on vit.

Mon expérience n'est pas une vérité générale, et ce n'est pas parce que j'ai vécu quelque chose de similaire que la personne le vit de la même façon. Mais concrètement, ça me donne plus d'indices sur ce qui peut se jouer pour elle, ça me permet de poser les bonnes questions du premier coup et d'être encore plus juste dans mon accompagnement.

Jung avait un nom pour ça : le guérisseur blessé. Comme tu connais la blessure de l'intérieur, tu peux accompagner celles et ceux qui la traversent. Ta blessure ne t'empêche pas d'accompagner, bien au contraire, elle devient une force, à une condition : qu'elle soit conscientisée, que tu l'aies regardée en face, et que tu puisses tenir l'espace sans être déclenché·e. Être touché·e en séance, c'est humain et c'est précieux. Tu le remarques, tu le mets de côté, et tu le reprends après si tu sens que ça doit être travaillé.

Peut-on accompagner quelqu'un sur un sujet qu'on n'a pas dépassé ?

Pour moi, il y a trois situations bien différentes.

  • Les sujets que tu n'as jamais vécus. Tu peux tout à fait accompagner la personne. On dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés, et c'est vrai qu'on a souvent un regard beaucoup plus clair sur la vie des autres que sur la sienne. Comme tu n'es pas impliqué·e émotionnellement, tu vois les choses avec du recul. En coaching, ce n'est d'ailleurs pas le coach qui détient la solution : son rôle est de poser les bonnes questions pour faire émerger la vérité de la personne accompagnée.
  • Les sujets que tu as traversés et apaisés. C'est la zone du guérisseur blessé.
  • Les sujets encore à vif chez toi. Là, pour moi, c'est la limite. Non pas parce que tu n'aurais pas la solution, mais parce que tu risques d'être emporté·e, de projeter ton histoire sur celle de la personne, ou de faire ta propre thérapie pendant la séance. La plus belle chose que tu puisses faire, c'est de passer la main, et ça ne t'empêche absolument pas d'accompagner d'autres personnes sur d'autres sujets.

Pourquoi la supervision est indispensable quand on accompagne

Quand un effet miroir te bouscule, ou qu'une séance réveille quelque chose en toi, il te faut un endroit pour le déposer. C'est ce qu'on appelle la supervision : parler de tes séances avec un·e praticien·ne plus expérimenté·e, pour démêler ce qui t'a touché·e et ce qui appartient vraiment à la personne.

Ça peut prendre plein de formes. Moi par exemple, j'ai un groupe de coachs avec qui je peux échanger, et une amie coach qui me supervise quand j'en ressens le besoin. Tu peux très bien créer un groupe de consœurs ou de confrères, ou te faire accompagner par un·e mentor. Ce n'est pas d'avoir fini son travail sur soi qui fait de toi un·e bon·ne thérapeute, c'est de continuer à prendre soin de toi pendant que tu prends soin des autres.

Donc non, tu n'as pas besoin d'être totalement réparé·e pour accompagner. Tu as besoin de connaître le chemin que tu proposes, de t'être formé·e sérieusement, de savoir tenir l'espace et de te faire accompagner toi aussi par tes pairs. Et puis, est-ce que ce n'est pas une illusion d'être réparé·e en totalité, alors qu'on est parfait·es tel·les que nous sommes ? Si la question de vivre d'une activité de soin te travaille aussi, j'en parle dans cet article sur le chemin pour vivre de son activité.

Ce qui t'attend dans l'épisode

Dans cet épisode d'Une vie plus grande, je réponds à la question d'une auditrice, et tu vas voir qu'elle en amène beaucoup d'autres. Tu vas découvrir :

  • le process que je me suis appliqué à moi-même, et ce qu'il a changé dans mon entreprise ;
  • la séance où celle qui tenait l'espace a craqué, et ce que ça dit de notre responsabilité ;
  • la conversation avec une cliente, elle-même coach, sur ces effets miroirs qui me fascinent ;
  • le biais que beaucoup suivent quand ils veulent aider les autres, et que j'ai moi aussi suivi ;
  • la porte inattendue qui s'est ouverte pour une participante de l'atelier des valeurs ;
  • l'ancien coach qui a compté pour moi, et que je reçois très bientôt sur le podcast.

Regarde l'épisode complet sur YouTube

Et toi, qu'est-ce que tu attends d'avoir réglé avant de t'autoriser à te lancer, et est-ce que devenir thérapeute est vraiment ce que ton âme attend ?

Si tu as une envie qui revient sans cesse et que tu n'arrives pas à t'autoriser à avancer, j'ouvre 3 places fin octobre pour Lotus, mon accompagnement de coaching individuel. On prend le temps de mieux te connaître, de comprendre tes blocages et de clarifier ta vision, que ce soit pour devenir thérapeute ou pour trouver un projet encore plus aligné avec qui tu es. Pour commencer, je te propose un diagnostic offert de 30 minutes.